Le 10 mai dernier à Genève, la maison de ventes Baghera/wines a orchestré une vacation historique. Un acheteur anonyme a acquis deux très vieilles bouteilles de grand cru de Vosne-Romanée pour plus de 230 000 euros. Une transaction exceptionnelle qui confirme l’hyper-spéculation autour du vignoble bourguignon.
C’est un coup de marteau qui a fait vibrer toute la Côte de Nuits. Vous pensiez tout savoir sur les records stratosphériques de la Romanée-Conti ? C’est pourtant sa voisine immédiate, le grand cru La Romanée, qui a récemment monopolisé l’attention des acheteurs du monde entier. Oublions un instant les mythes pour nous concentrer sur les faits : lors d’une vente organisée à Genève ce 10 mai, deux précieux flacons du XIXe siècle ont franchi le cap des 230 000 euros à eux seuls.
La vedette de cette vente genevoise est une bouteille de La Romanée millésimée 1865, embouteillée sous l’étiquette du domaine Bouchard Père & Fils. Ce vestige du Second Empire a été adjugé pour la somme de 133 000 euros (environ 122 000 francs suisses). Quelques instants plus tard, une autre bouteille de la même appellation, datant cette fois de 1862, a trouvé preneur pour près de 100 000 euros.
Il est d’ailleurs très fréquent de confondre ces deux joyaux de la viticulture bourguignonne. Si la Romanée-Conti est le monopole le plus célèbre au monde, La Romanée, située juste au-dessus sur le coteau de Vosne-Romanée, est tout simplement la plus petite appellation d’origine contrôlée de France avec ses 0,85 hectare. Cette proximité géographique et nominale prête souvent à confusion, mais les amateurs savent distinguer ces deux terroirs d’exception qui dominent la hiérarchie des grands crus de la région.
Une flambée des prix qui interroge la filière
Cet événement illustre la dynamique implacable du marché des vins fins. Les grands crus de la Côte de Nuits demeurent l’épicentre de la spéculation internationale. Les enchérisseurs asiatiques ou américains ne viennent plus seulement chercher un vin à déguster, mais une véritable relique patrimoniale. La conservation de ces bouteilles pendant plus de 160 ans relève en effet de l’exploit et transforme le produit agricole originel en pièce de musée.
Au-delà des montants vertigineux, cette vente soulève la question de la finalité de ces vins. Ces flacons centenaires seront-ils un jour débouchés ou resteront-ils des objets financiers préservés dans des caves sécurisées ? Bien que les experts s’assurent de la provenance et de l’état de conservation des lots présentés, la qualité gustative d’un pinot noir de plus de 160 ans demeure une loterie absolue.
Pour les vignerons de Bourgogne et du Beaujolais, ces chiffres semblent souvent déconnectés de la réalité du terrain et du travail quotidien de la vigne. Toutefois, ils entretiennent l’aura mondiale du vignoble. Pendant ce temps, les flacons du Domaine de la Romanée-Conti ne sont pas en reste : lors de cette même vente, une bouteille de La Tâche 1971 a été cédée pour 26 000 euros. Le marché de l’exceptionnel ne montre aucun signe d’essoufflement.

